Security Council Briefing: Peace and Security in Africa (In French)

Déclaration de Karel van Oosterom,
Représentant permanente du Royaume des Pays-Bas auprès des Nations unies

New York, le 15 novembre 2018

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de remercier les intervenants pour la qualité de leurs remarques.

Elles donnent une image claire de la coopération des Nations unies, de l’Union africaine et de l’Union européenne avec le G5 Sahel.

Monsieur le Président,

Aujourd’hui, je voudrais aborder trois points :

  • Premièrement, je soulignerai les préoccupations au sujet de l’évolution du contexte sécuritaire.
  • Deuxièmement, j’évoquerai l’opérationnalisation de la force conjointe du G5 Sahel.
  • Troisièmement, je m’arrêterai sur le lien entre sécurité et développement au Sahel.

Un point essentiel si l’on veut traiter les causes profondes de conflit.

1 - Situation en matière de sécurité

Monsieur le Président,

Commençons par la situation en matière de sécurité.

Le Royaume des Pays-Bas s’inquiète de rapports faisant état de l’élargissement de la coopération entre réseaux terroristes au Sahel.

En conséquence, de nouvelles régions sont menacées, notamment le nord et l’est du Burkina Faso.

Cette extension va même au-delà du Sahel.

En outre, la montée de la violence intercommunautaire vient augmenter la complexité de la situation.

C’est manifeste au centre du Mali, comme le Conseil en a été plusieurs fois informé cette année.

L’évolution des menaces appelle l’évolution des réponses. L’émergence de conflits locaux violents exige une connaissance approfondie des dynamiques locales.
Et les défis régionaux appellent une approche régionale et une coopération régionale.

Par conséquent, il importe que le Conseil discute aujourd’hui de son soutien à la force conjointe du G5 Sahel.

2 – Opérationnalisation de la force conjointe G5 Sahel

Cela m’amène, Monsieur le Président, à mon deuxième point :

l’opérationnalisation de la force conjointe.

Les résultats obtenus ces derniers mois par les membres du G5 Sahel forcent l’admiration.

D’autant qu’ils ont dû surmonter de sérieux problèmes, notamment l’attaque de leur quartier général à Sévaré.

Nous saluons le leadership de la présidence nigérienne à cet égard.   

Le temps est venu d’intensifier les efforts pour poursuivre la mise en œuvre de la force conjointe.

Nous préconisons en particulier l’opérationnalisation de sa composante policière et sa coopération avec les chaînes pénales nationales.

Nous saluons les récentes avancées dans la mise en œuvre du cadre de conformité aux droits de l’homme.

La prévention des violations des droits de l'homme exige une attention et un engagement constants, et il importe que les membres du G5 Sahel se l’approprient pleinement.

Les partenaires bilatéraux et régionaux envisagent d’augmenter leur appui à la force conjointe.

Nous réaffirmons que les ressources ne sont pas les seuls besoins.

La capacité d’absorption de la force ainsi que la coordination du soutien et des demandes sont aussi des facteurs à prendre en compte.

Il demeure par conséquent capital de renforcer les capacités des forces armées nationales.

3 – lien entre sécurité et développement

Monsieur le Président,

Cette semaine, nous avons organisé une discussion avec Monsieur Sidikou, les ambassadeurs des pays du G5 et les membres du Conseil intéressés sur la prévention de l'extrémisme violent au Sahel.

Au cours de cette réunion, il est devenu très clair que tous les partenaires au Sahel poursuivent le même objectif : la paix et la stabilité régionales.

Les efforts déployés en matière de sécurité par la force conjointe, la MINUSMA et d’autres acteurs, y compris les missions de l’UE, n’y suffiront pas.

Il faut aussi s'investir davantage dans la prévention des conflits.

Pour prévenir l’extrémisme violent, nous devons agir contre les causes profondes du conflit.

Parmi ces causes, le changement climatique, qui entraîne pénurie d'eau et désertification et, de ce fait, l'insécurité alimentaire et une concurrence entre agriculteurs et éleveurs.

La persistance des inégalités et la discrimination à l’égard d’une région ou d’une communauté sont également source de conflit.

Il faut en outre s’intéresser à un « élément déclencheur » que le PNUD a pointé dans son rapport Vers l’extrémisme en Afrique : l'usage disproportionné de la violence par l’État.

C’est pourquoi la réussite de l’action au Sahel dépend d’éléments clés tels que

  • l’accroissement de la confiance des populations locales,
  • la responsabilité, le respect des droits de l'homme,
  • la solidité de la coopération entre la force conjointe et les système judiciaires nationaux renforcés,
  • et la complémentarité des efforts de développement et de sécurité.

Conclusion

Monsieur le Président, pour conclure, j’aimerais souligner l’importance du rôle de la force conjointe du G5 pour faire du Sahel une région plus stable et plus sûre.

C'est exactement le modèle d’appropriation régionale dont nous avons besoin pour maintenir la sécurité et la paix internationales.

La conférence des bailleurs du G5 pour les initiatives de développement, prévue le 6 décembre prochain, sera un jalon important.

Il faut en particulier investir dans les zones frontalières fragiles.

Le Royaume des Pays-Bas demeure un partenaire engagé auprès des pays du Sahel sur les terrains de la sécurité, de la diplomatie et du développement.

Comme l’a déclaré notre ministre des Affaires étrangères, Stef Blok, lors de sa récente visite au Niger, nous comptons accroître notre présence diplomatique et notre soutien à la région.

En tant que partenaires internationaux, nous devons adopter une attitude à la fois ferme et modeste en respectant le leadership et l’appropriation des pays du G5 Sahel.

Merci de votre attention.

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